- Autrefois, pas de village sans forge, sans maréchal-ferrant et sans le bruit familier du marteau frappant en cadence sur l’enclume… Personnage central et reconnu de la vie villageoise traditionnelle, il est un peu vétérinaire… et arracheur de dents à ses temps perdus !
NDLR : cette publication est une suite à la vie dans la commune à la Libération

Le maréchal-ferrant et son atelier, autrefois
- Le perfectionnement de l’agriculture, le développement de la culture attelée et l’essor du cheval dans les transports font la fortune du maréchal-ferrant. C’est lui qui ferre les chevaux, les mules et les vaches, fabrique et répare les versoirs et les pièces en fer des charrues, des attelages, tout l’outillage à main nécessaire aux travaux des champs et les outils des artisans du village. Il forge aussi les objets de la vie domestique, en particulier ceux qui servent à la cuisine dans l’âtre : crémaillères, landiers, trépieds et grils…
- Une enseigne, le bouquet de la Saint-Eloi, ou une enclume signale la présence de la forge. Dans l’atelier aux murs noircis de fumée, le foyer et son grand soufflet, l’enclume, la cuve pleine d’eau pour refroidir le fer incandescent occupent la plus grande partie de l’espace.
- Au-dessus de l’établi appuyé contre un mur sont accrochés des outils et des fers de formes diverses. Le trémail, bâti en bois et en fer où l’on sangle les bœufs à ferrer, est souvent installé à côté de son atelier.
- Le maréchal-ferrant n’est pas un homme riche. C’est le troc qui prévaut : le meunier le paie en farine, le fermier en volailles, légumes ou bois de chauffage, d’autres encore troquent leur travail contre celui du maréchal… S’il y a un paiement en numéraire, il se fait deux fois par an, à la Saint-Eloi ou à Noël…
- Le maréchal porte en général un tablier de cuir à poche, retenu sur les cuisses par des courroies et des boucles de métal en forme de cheval. On reconnaît le maréchal compagnon du Tour de France à ses boucles d’oreilles : elles comportent des breloques en forme de fer à cheval.

Besse forgeron de la commune

(NDLR) Michel Besse, fils du maréchal de Champcevinel a été le dernier forgeron-maréchal ferrant de la commune lors du siècle dernier. A 14 ans, il a débuté auprès de son père et a fermé sa forge qu’il tenait à Sept Fonts (route de Paris) en septembre 1992. Après la disparition des chevaux de trait, il a continué en réparant charrues, pointerolles, grilles, chaînes, pièces de faucheuses et de tondeuses de l’ère moderne. C’était aussi l’époque où l’on ferrait les chevaux issus des clubs hippiques (l’Etrier à Borie-Petit, Péricheval à Foncrose, etc…). Il constitue une des dernières figures de la profession au sein de la commune, qui du stade rural est passée à celui du résidentiel.
Notre photo ci-dessus : Michel Besse dans sa forge à Sept Fonts en 1992 (photo archives sud-ouest)
Un artisan important
- Cet artisan travaille tôt le matin et tard le soir. Sûr de lui et expert écouté, le maréchal est aussi vétérinaire, dentiste et guérisseur. Distinct du maréchal, le forgeron est l’incarnation de la force physique, détenteur des techniques du feu. Il reste un personnage puissant. En témoigne la légende de la Saint-Eloi, patron des forgerons, qui aurait écrit sur son enseigne "Eloi maître des maîtres".
L’âme des villages d’autrefois
- La multiplicité de ses activités, ses talents pour réparer les instruments ou soigner tous les animaux de traits font du forgeron le personnage clé de la vie des villages d’autrefois. Lorsque la mécanisation intervient, il répare les premiers tracteurs tout en continuant à ferrer les chevaux, puis il disparaît avec eux. Aujourd’hui, il subsiste des maréchaux-ferrants ambulants, pour les clubs hippiques. On ne leur amène plus les chevaux, ce sont eux qui viennent les ferrer
La fabrication des fers
- La fabrication des fers est faite en série, en général en hiver. Le maréchal-ferrant part d’une barre de métal coupée à la bonne dimension et le fait chauffer à blanc pour la cintrer. Il l’a maintient d’une main sur l’enclume avec les tenailles et la frappe de l’autre main à la masse. S’il a un apprenti, il frappe en alternance avec lui. On frappe les deux faces, puis on perce les trous pour les clous (huit pour un fer à cheval, six pour un fer à âne), toujours à chaud. La qualité du travail s’entend au son : si le son que rend le fer lorsqu’on le frappe sur du métal est clair mais bref, l’acier est trop dur ; s’il est clair mais long, le fer est parfait ; s’il est fêlé, il y a un défaut dans le métal.
Les poses de fer à cheval
- Pour le ferrage d’un cheval ou d’un âne, le propriétaire ou l’apprenti du maréchal tient ployée la jambe de l’animal, avec le sabot face au ciel. Si le cheval est difficile, on le maintient avec un tord-nez, c'est-à-dire une boucle de ficelle qui enserre les naseaux du cheval au bout d’un bâton : il ne peut plus bouger sans être gêné. Ensuite le maréchal déferre la bête avec le dérivoir pour arracher les clous et avec la tricoise pour enlever l’ancien fer. Il pare le pied avec le rogne-pied, c'est-à-dire qu’il taille la corne qui a poussé. Il pose le fer rougi, en le poussant avec la tricoise de la pince vers le talon. Il cloue le fer avec la mailloche. Des trous sont laissés libres dans le fer, pour y ajouter des crampons l’hiver en cas de verglas : cette astuce permet au cheval d’avancer plus facilement sur les routes enneigées. Puis il rabat la tête des clous et râpe les aspérités. Il faut savoir que les chevaux sont ferrés deux à trois fois par an, ce qui est un minimum, la corne poussant d’un centimètre par mois.
- Quand ils sont utilisés comme animaux de trait, les vaches et les bœufs subissent le même sort. Leurs fers ne sont pas en U, mais sont des semelles métalliques rondes et plates, fixées par cinq clous.

maréchalerie

Ci-dessus : une maréchalerie telle que l’on pouvait la voir autrefois. Il ne manque que le trémail. (photo Pierre Gomez)
NDLR : On raconte que les fers à cheval trouvés au hasard des chemins sont porte-bonheur. Placés à l’entrée des maisons, dans le lit conjugal ou sous les nids de poules, ils sont censés guérir la stérilité, protéger de la foudre et même des rages de dents !

CHAMPCEVINEL - LE MARECHAL FERRANT - © BERNARD PECCABIN